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Les Chroniques d'Air
de France
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Chapitre 5 : A
l'école
Dernière mise à jour : le 29 avril 2013 |
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A l'école Le besoin d'un établissement scolaire nécessité par le développement du village et de l'accroissement de sa jeune population devenant impérieux, ce fut d'abord à l'initiative de Madame Marie Bachelier, que l'implantation d'une école primaire privée mixte à Air de France, fut autorisée le 20 octobre 1942 par l'Inspecteur d'Académie d'Alger.
Les élèves apprenaient aussi des contines et des chansons du terroir régional de France, avec leur maître respectif, du genre : "A la claire fontaine", "Frère Jacques", "La Saint Hubert", "Le cor de Roland", "Les chants de Noël", "Les trois souris". Et, 3 ou 4 fois par an, Monsieur Détrez emmenait, à pied à l'Ecole Normale de Bouzaréah, les élèves de la "petite école" pour chanter devant les élèves-instituteurs, tous réunis dans une sorte d'auditorium, afin de les former à leur futur enseignement dans la direction d'une chorale. C'est probablement à une de ces occasions que fut prise la photo ci-dessous.
Les travaux de la nouvelle école étaient à peine terminés et, les premiers jours de cette première rentrée des classes, les élèves durent passer sur une passerelle de trois madriers pour franchir les quelques cinq ou six marches qui menaient de la rue au préau et à la cour de récréation, l'escalier étant encore en cours de finition. Autant qu'il m'en souvienne, il n'y avait que trois (ou peut-être quatre) classes ouvertes la première année, mais très rapidement, une puis deux nouvelles classes supplémentaires furent construites, réduisant d'autant l'espace initialement réservé au préau.
Les classes avaient lieu de 8 h à 11 h et de 13 h à 16 h, les lundi, mardi, mercredi, vendredi et samedi, le jour de congé étant, à l'époque, le jeudi. Le soir, une étude (payante) de 16 h 15 à 17 h permettait de faire les devoirs pour le lendemain, mais en l'absence de devoirs, le maître (on ne disait pas "l'instit'", à l'époque) trouvait toujours des exercices pour nous occuper : problèmes, opérations arithmétiques, dictées et, toujours, à partir du modèle calligraphié à la craie sur le tableau noir ligné "Sieyès", ces pages d'écriture, avec pleins et déliés, réalisées à la plume "Sergent-Major" et à l'encre violette qui tachait les doigts et parfois même les cahiers Lors des récréations, pendant lesquelles les jeux de ballons étant bien évidemment interdits, garçons et filles organisaient la plupart du temps leurs jeux de façon séparée, sans mélange des sexes. Les garçons jouaient à "tu l'as", ou, lorsqu'on avait eu le temps de s'organiser en deux camps, de forces à peu près équilibrées, à "délivrance". Selon la saison, ils jouaient aussi aux noyaux (avec des noyaux d'abricots comme décrit dans "jeux de garçons") ou aux billes, à "touche-tout" ou au "rond" dans lequel chaque joueur plaçait un même nombre de billes qu'il fallait déloger. Pour ceux qui avaient la chance d'avoir une toupie de bois (dont ils avaient eu soin au préalable de remplacer la pointe d'origine par un clou très acéré), ils la lançaient au moyen d'une cordelette pour la faire tourner le plus longtemps possible. Les filles sautaient à la corde soit seules si la corde était petite, soit à plusieurs, deux gamines faisant tourner une grande corde alors que les autres "entraient" pour sauter avant qu'il soit décider de faire "vinaigre" c'est à dire de faire tourner la corde le plus vite possible. Elles pouvaient aussi pousser en sautillant à cloche-pied, un palet, en fait une vieille boite de pastilles "Valda" remplie de terre, sur une marelle à six cases dessinée à la craie sur le sol de la cour ou sur une marelle en forme de croix de Lorraine partant de "la terre" pour atteindre "le paradis" en évitant "l'enfer". Mais tous, garçons ou filles, devaient bien faire attention au redouté signal de fin de la récréation...
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Car
le directeur avait imposé une discipline très stricte qui
s'exerçait par le truchement du sifflet qu'il tenait au bout d'une
chaîne. Un premier long coup de sifflet nous imposait de nous arrêter
immédiatement dans la position où nous étions, cessant
tout mouvement. Lorsqu'il avait constaté que tous les élèves
étaient immobiles, le directeur donnait alors un second coup de sifflet,
plus court, auquel nous devions répondre en nous dirigeant calmement,
sans précipitation, vers la porte de nos classes respectives en nous
alignant, deux par deux, le long du mur. Alors seulement, après le
rituel "entrez", nous étions fermement invités à
gagner nos bancs et nos pupitres. Là, nous étions tenus de
rester debout dans l'allée, attendant que le maître qui entrait
toujours le dernier nous autorise à nous asseoir à notre place.
Gare à celui ou celle qui ne respectait pas cet ordonnancement !
La chaîne du sifflet enroulée autour de la main du maître
se déroulait immédiatement et le corps du sifflet, accéléré
par la force centrifuge, venait frapper le dos, les épaules ou le
bras de celui qui avait dérogé à cette discipline.
Viviane Détrez, la fille du directeur, nous a confié qu'elle
conserve encore, sur une étagère de sa bibliothèque,
ce fameux sifflet qui a donné tant de sueurs froides à certains. Dans la classe du directeur, où cohabitaient donc quatre divisions, la place de chacun était en réalité à géométrie variable car elle dépendait du classement mensuel de chacun : les deux places du fond de chaque division étaient occupées par le premier et le deuxième de la division, devant eux, les troisième et quatrième et ainsi jusqu'aux deux places devant l'estrade qui étaient réservées au dernier et à l'avant-dernier. Ces places étaient donc remises en cause tous les mois. Les trois premiers de chaque division avaient des obligations, voire des prérogatives. Celui qui avait été classé troisième devait, avant la classe, ouvrir les épais rideaux marron qui masquaient les fenêtres. Le deuxième avait la lourde responsabilité de remplir d'une encre violette, contenue dans une grande bouteille, tous les encriers de porcelaine blanche inclus dans les pupitres de sa division. C'était la tâche la plus ingrate, mais aucun n'aurait voulu y déroger (le maître l'aurait-il d'ailleurs toléré ?), car les débordements n'étaient pas inhabituels et on reconnaissait tout naturellement celui qui assumait cette charge à la délicieuse coloration violette de ses doigts (quand ce n'était pas ses mains ou même son sarrau ou sa blouse) que des astiquages énergiques à la pierre ponce ne parvenaient, au mieux, qu'à atténuer. Enfin le premier de chaque division avait l'insigne honneur de surveiller sa division pendant les absences, brèves ou plus durables, du maître. La responsabilité suprême revenait au premier de la division des plus grands, le CM1, qui avait une prééminence sur les premiers des divisions inférieures. Ces responsables avaient à rendre compte au maître, des incartades et des manquements à la discipline survenus en son absence. Inutile de préciser qu'il était plus que souhaitable d'entretenir d'excellentes relations de camaraderie avec le premier de la division ! La journée commençait invariablement par la leçon de morale dont le thème écrit préalablement sur le tableau, n'était pas effacé de la journée. Puis c'était la lecture (sur le livre "Jeannot et Jeannette"), le calcul (tables de multiplication , Prix de Vente = Prix de Revient + Bénéfice , surface cultivable d'un terrain rectangulaire entouré d'allées ), la grammaire (analyse grammaticale et analyse logique , conjugaisons ), la dictée, l'histoire "évènementielle" avec ses héros exemplaires (et les héroïnes Jeanne Hachette et Jeanne d'Arc , les jeunes Bara et Viala , les chevaliers Bayard et Du Guesclin ), la géographie, les sciences naturelles (l'air est pesant , l'eau est un liquide incolore, inodore et sans saveur , l'homme est un animal de l'embranchement des vertébrés et de l'ordre des mammifères ). Et chaque jour, un "cahier de roulement" confié à tour de rôle à chacun des élèves de chaque division, devait témoigner de la petite histoire de la classe. Ce journal de la classe requérait donc le plus grand soin de celui qui en avait la charge pour la journée et qui se devait d'éviter les ratures et les malencontreux pâtés d'encre violette que ni la gomme spéciale (qui finissait par faire des trous dans le papier) ni le Corrector (qui effaçait aussi les quadrillages et fragilisait la feuille) ne parvenaient vraiment à estomper. Parfois, par ennui, par lassitude ou par désintérêt, certains élèves ayant un moment d'absence, s'endormaient en classe (et pourtant, il n'y avait pas encore la télévision qui aurait pu nous empêcher d'avoir des nuits complètes de sommeil !). Malheur à celui qui succombait à ce besoin ! Viviane Détrez se souvient très bien de la punition immédiate qui sanctionnait de trois tours de cour, en courant, ce manquement grave à la discipline. Et, bien entendu, les autres élèves de la classe, et même ceux des autres classes ne manquaient pas de se moquer de l'endormi, à sa plus grande honte Outre le quotidien des cours magistraux, le maître nous emmenait à l'occasion en promenade pour l'après-midi. Grâce à ses relations privilégiées avec un adjudant de gendarmerie, jovial et d'un embonpoint respectable, qui, au chenil de Béni-Messous, avait la charge de l'hébergement et de l'apprentissage des chiens "policiers" de la Gendarmerie Nationale, nous avions, une ou deux fois par ans, le privilège d'assister à une démonstration d'exercice de ces bergers allemands : parcours d'obstacle, recherche de pistes, simulation d'attaques du maître-chien par un collègue déguisé en malandrin mais protégé par un caparaçon d'épais tissu matelassé dans lequel les canines du molosse laissaient des traces visibles. Inutile de dire la forte impression que laissaient, aux bambins que nous étions, ces spectacles, à une époque où les représentants de la force publique étaient considérés par tous avec un respect mêlé de crainte. Parfois, par une belle journée de la saison des pluies, ces promenades nous menaient, au-delà du chenil de la gendarmerie, sur la route de l'hôpital, à un endroit où Monsieur DÉTREZ avait repéré un gisement d'argile, de terre glaise comme nous disions. Nous amenions alors une ou deux petites lessiveuses en tôle étamée dans lesquelles nous rapportions à l'école quelques kilogrammes de cette terre glaise, rendue malléable par l'humidité de récentes précipitations. Au retour, cette matière était précieusement entreposée dans un petit local de l'école et servait modeler des cartes de géographies en relief, avec montagnes et vallées, falaise et rivages sablonneux, sur lesquels on râpait de la craie de couleur bleue, pour les mers et les cours d'eau, verte pour les forêts, jaune pour le sable. Il y avait parmi les élèves du CM2, un spécialiste de ces modelages, un dénommé Sid-Ali qui organisait le trempage de l'argile, le façonnage du relief et du littoral et qui se réservait le droit de râper la craie sur la carte de la région ainsi réalisée. Inutile de préciser, qu'au sortir de cet exercice nous étions d'une saleté repoussante, faite d'un mélange de terre et de craie. Aussi, lorsqu'une telle activité était prévue, le maître ne manquait pas de nous en avertir afin que nos parents nous vêtissent de tabliers, blouses ou sarraus usagés et qui ne risquaient rien. C'était, je crois, un excellent moyen de nous faire apprendre la géographie de cette France que nous ne connaissions que par les grandes cartes cartonnées de la Librairie Colin ou de Vidal & Lablache, accrochées aux murs des classes et dont nul ne pouvait alors imaginer que nous y débarquerions, quelques années plus tard, chassés par le "vent de l'histoire" et par la malhonnêteté intellectuelle et le machiavélisme des hommes politiques de tous bords. Mais ceci est une autre histoire Pour nos activités d'éveil, il nous était accordé certains après midis de jouer à des jeux à forte charge pédagogique comme le "Loto de l'Histoire" où, à l'annonce de la date inscrite sur un petit carton, nous devions, si cette date figurait sur notre carte individuelle de jeu, donner la réponse qui correspondait à cette date historique. C'était aussi un moyen ludique de nous faire apprendre ou réviser notre Histoire de France et cela fonctionnait bien car, après quelques parties, il n'était pas rare que certains donnent, de mémoire, la réponse alors qu'elle ne figurait pas sur leur carte personnelle : bien sûr les traditionnels "1515 ?", "Bataille de Marignan", "1610 ?", "Assassinat d'Henri IV par Ravaillac" et "800 ?", "Couronnement de l'Empereur Charlemagne", mais aussi les moins évidents "18 octobre 1685 ?", "Révocation de l'Édit de Nantes", "27 juillet 1214 ?", "Bataille de Bouvines" pour ne pas parler du "1559 ?", "Paix de Cateau-Cambrésis". Mais, là encore, c'était l'histoire de la France qui nous était enseignée, pas celle de l'Algérie où nous vivions et où nos familles étaient, pour certaines, établies depuis 4 ou 5 générations
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